SANTO ANTONIO DE PITAGUARY, MARACANAÚ (15 MARS 2006, mardi, CEARÁ, BRASIL)
Nouvelles ONG: Business de Blancs?
Maracanaú est une ville proche de Fortaleza abritant une communauté Pitaguary (famille Potiguar). Les Pitaguary se répartissent dans deux villes: Maracanaú et Pacatuba; et en 3 communautés: Santo Antonio, Munguba et Horto/Olho d’Água. On estime à 2000 ceux qui vivent dans les communautés, mais ce chiffre peut être rééevalué à 3800 si l’on considère ceux qui vivent en dehors des communautés.
“Maracanaú”, “pitaguary” et les toponymes environnants ne laissent aucun doute sur l’ascendance linguistique: en l’occurrence celle de la famille tupi. Daniel; le “cacique”; chef coutumier, nous précisa que le vocable “Pitaguary” signifiait “ceux qui mangent des crevettes”. Malheureusement ni Daniel; ni personne de la communauté, ni grand monde de l’état du Céara ne parle la langue autochtone; le tupi. Celle ci n’est plus parlée depuis des centaines d’années; comme la majorité des langues tupi dans cette région. C’est en effet une situation généralisée dans tout le Nordeste; région qui fut la première à pâtir de la colonisation blanche; particulièrement sauvage et rapide à cet endroit.
Tout de même le cas des Pitaguary est particulier et plutôt rare je dirais, car; s’étant rendus compte de l’importance que représente une langue dans une culture, ils désirent récupérer la langue qu’ils ont perdue. Peut-on concevoir une culture, une identité sans langue? Pour nous, Basques, c’est difficile.
Pour arriver à cela, il leur faut l’aide de professeurs de l’extérieur qui maîtrisent les langues tupi. Ceux-ci enseigneraient alors la langue aux professeurs pitaguary afin qu’eux puissent la transmettre à leur tour aux enfants.
“Nous n’avons pas d’autre choix que celui d’apprendre le tupi comme une langue étrangère; comme l’anglais en somme”, nous avoua Jeová, instituteur de l’école. Il semblerait que la mairie de Maracanaú veuille faire venir un instituteur
d’ Amazonie. A voir.
“ Il faut suivre une formation spécifique pour devenir un professeur pour autochtones: connaître les législation; la culture autochtones...,mais le niveau de tupi qu’ils nous enseignent est loin d’être suffisant”; affirme Jeováh.
Si ce n’est pas la langue, qu’est ce qu’il les “fait” autochtones? D’où leur vient leur identité? Sans aucun doute, la base de leur culture et de leur identité repose sur leur lien et rapport étroit avec la terre. Or même ce lien est de nos jours bancal dans la mesure où on leur retire le droit à la terre.
Le combat mené par les autochtones pour récupérer leurs terres est connu dans toute l’Amérique Latine. Cette lutte est très présente au Brésil. Le processus et long et compliqué mais avance doucement..
“ Ils ont identifié 1735 hectares, mais en réalité il y en a plus de 6000. En outre, au delà de l’identification il faut arriver à la démarcation de ces terres, car, non demarquées, n’importe qui peut faire ce qu’il veut sur nos terres, notamment les fazeinderos”, nous précisa Daniel.
La démarcation est le processus le plus long et le plus difficile à obtenir dans la récupération des terres: “ Il est indispensable de se rendre à Brasilia pour que le processus se poursuive, mais nous n’avons pas les moyens de nous y rendre! Il faut attendre. En 1997, après avoir discuté avec la FUNAI (Fundaçao Nacional do Indio), il a fallu attendre plus de deux ans avant que quelque chose ne se passe. Cela fait depuis 1992-93 que nous nous nous battons pour nos terres et plus de 10 ans après, elles ne sont toujours pas à nous! “ nous conta Daniel, fâché et énervé.
Est-ce beaucoup de réclamer la récupération de sa langue ainsi que la démarcation de ses terres? Ces requêtes sont pourtant indispensables dans le processus de récupération identitaire des Pitaguary.
En attendant, ils développent d’autres pans de leur culture, facteurs de leur identité. Malgré le fait de les pratiquer en langue portugaise, ils poursuivent leurs rituels: cérémonies, récitations...
La principale caractéristique des autochtones d’Amérique Latine / Sud est leur grand attachement à la terre: “Nos ancêtres, les encanto, sont présents sur nos terres et nous aident en maintenant les contacts avec nous” nous explique Daniel.
Il est difficile quand même d’avancer dans ces problématique de langue et de culture lorsque les jeunes sont confrontés aux idéaux et habitudes matérielles de la société de consommation environnante .
Tout de même, Daniel et Jeovah ont confiance dans les jeunes: “ La spiritualité ne s’apprend pas, elle se sent. Elle est dans l’esprit des gens qui la sentent, on naît avec. Alors, si parmi les jeunes à qui nous enseignons , il y en a un ou deux qui sentent cela, c’est déjà pas mal!”. Daniel nous précisa qu’il est facile ensuite d’enseigner la culture et sa symbolique. Sans cela, la culture devient du pur folklore et dans ce secteur là les Blancs excellent. Surtout en se réappropriant la musique, artisanat des autochtones sous forme de soi-disant ONG bienfaitrices, qui ne cherchent en fait que revenus lucratifs.
LE RITUEL DES VENDREDI: TRADITIONNEL?
Tous les vendredis, Daniel, le chef coutumier de Santo Antonio de Pitaguary, pratique un rituel avec les élèves de l’école. Ils nous a convié à y assister le 17 Mars.
En entendant ces mots: “Cacique”, rituel, je m’attendais certainement à autre chose. J’ai sûrement trop regardé la télévision. Du moins je ne pensais pas assister à ce genre de rituel. Ceci est une critique envers moi-même.
Tout d’abord, l’hymne brésilien fut chanté puis se tenant par la main en cercle; ils récitèrent le Notre Père!
Ensuite, alors que Daniel se plaça au milieu marquant le rythme avec des marakas, les professeurs et les élèves formant un cercle autour de lui, commencèrent à chanter et danser. Le rythme ainsi que la mélodié étaient agréables et nous ne fûmes pas étonnées d’entendre les paroles des chansons en portugais. On savait que c’était comme cela.
Il est vrai que le nom de la commmauté est Santo Antonio et que tout le monde à vue sur l’église qui domine le village, mais tout de même ; il me semble que lors de la journée de la culture autochtone (le vendredi); persistent trop de liens avec deux institutions (état et église) qui leur ont, et qui encore actuellement, interdit d’être autochtone et de vivre leur culture.
Nerea Leturia Nabaroa traduit par Audrey Hoc; le 2 Mai 2006 à Camopi
L’ école des Pitaguarys
La communauté de Santo Antonio compte une école, située en contrebas de l’église. Celle-ci regroupe les enfants de 70 familles de la communauté présente.
L’école ne compte pas à ce jour de cours véritable sur la langue et culture tupi, on le comprend aisément étant donné la situation de perte de langue à laquelle sont confrontés les Pitaguarys. Néanmoins, comme Nerea l’a évoqué, le vendredi a été décrété jour de la culture et donc, ce jour là, les enfants pratiquent le rituel ainsi que l’apprentissage de danses et de l’artisanat. De même, durant le cours d’histoire, est évoqué l’histoire des autochtones. Evidemment, dans d’autres cours aussi la culture autochtone est évoqué mais il n’y a véritablement pas de cours spécifique. Un calendrier différencié s’applique également avec des jours fériés, celui-ci respectant les fêtes autochtones : la fête du maïs par exemple en juin ainsi que la fête des autochtones le 19 Avril.
L’ école manque de matériel, il y a très peu de livres et très peu sur la culture autochtone ; et bien sûr, comme évoqué, les professeurs revendiquent le droit à un enseignement de tupi et demandent la présence et leur formation par un professeur de tupi qui viendrait d’un autre état. Sur les 14 enseignants de l’école , 5 n’ont pas eu la formation prévue par la FUNAI. La formation prévoit un travail sur l’artisanat, les croyances, les régions om vivent les autochtones dans l’état de Ceara, la législation autochtone, des bases de la langue tupi.
Enfin, les enfants manquent de goûters à l’école, ce qui fait que certains ne mangent presque rien durant la journée.
C’est pour aider les Pitaguarys dans leurs démarches de récupération de leur langue ainsi que dans la démarcation de leurs terres, que nous vous invitons à remplir la pétition suivante qui sera adressée au gouvernement brésilien :
Audrey Hoc, le 8 Mai à Macapa (Amapa, Bresil)
LES TAPEBA et l ECOLE DU TRILHO.
Jeudi, 16 Mars ainsi que lundi, 20 Mars.
“La FUNAI, cest le gouvernement”
Ce jour la n etait pas jour de classe, mais nous avons eu l occcasion de rencontrer en ce jeudi 16 tous les profs Tapeba de Caucaia, alors reunis a l ecole de la dite ville. L ideal pour nous en somme, mais pas forcement pour eux, qui, en ce jour, etaient reunis pour une formation, laquelle fut pour certains mise de cote afin de nous accorder une petite heure.
Nous nous sommes donc presentees devant 50 professeurs et grace a Miren Uribe, notre amie et traductrice en portugais, nous leur avons explique les raisons de notre presence, ce qui leva un peu la mefiance toujours presente lors des premiers abords.
Les Tapeba sont des autochtones vivant pres de Fortaleza, et comme tous les autochtones du Nordeste, ils ont subi precocement et de plein fouet la colonisation de l homme blanc. Les Tapeba sont de la famille Potiguar, Tremembe, Cariri (il y a en effet eu beaucoup de metissages entre ces differents groupes). De nos jours, ils sont plus de 5000 regroupes en 17 communautes ( dont 12 tres organisees). Il y a differentes ecoles dispatchees dans les communautes et au total, quelques 50 professeurs y exercent.
La route fut longue pour obtenir les ecoles existantes aujourd hui au sein des communautes. L ecole est le fruit du travail de la communaute et cela a une grande incidence dans la vie de l ecole, principalement au niveau du calendrier. Outre le calendrier adapte, ceux qui fait de ces etablissements des ''ecoles differenciees'' est le jour du vendredi, decrete journee de la culture autochtone et donc ,journee durant laquelle sont donnees des cours de langue et culture autcohtones. Les enfants apprennent alors des danses, chants, artisanat, ainsi que l histoire de leur peuple. ''Pour cela, le professeur doit etre forme'', affirmait le professeur Athilson.
Ayant perdu leur langue depuis longtemps, les Tapeba utilisent la langue portugaise: ''Aujourd hui, notre langue maternelle c est le portugais'' nous avouerent ils unanimement tous. Lorsque nous leur parlerons du souhait des Pitaguarys de recuperer leur langue, ils nous affirmerent que ce netait absolument pas dans leurs priorites car pour eux, parler une langue de la famille tupi ne fait plus parti de leur realite.
'' Ce serait magnifique de recuperer cette langue, que les enfants l apprennent a l ecole'' nous confierent les professeurs, ''... principalement afin que les Blancs ne nous comprennent pas!'', s esclaffa Athilson.
Pas de langue...alors qu est ce quil fait de ces personnes des autochtones? La reponse fut: avoir un mode de vie et une culture particuliere, sur un territoire donne, leur appartenant. Sous la revendication ''Terra demarcada, terra garantida'', ils exigent le retour de leurs terres: 30 000 hectares promis au debut, 18 000 ensuite. Le gouvernement parla enfin de 4000, puis ils ent ont obtenu finalemant 4900, la plupart etant terre marecageuse.
Le processsus de demarcation des terres est tres long et tres lourd:
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Premierement, l identification des terres
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Discuter du projet avec le proprietaire terrien qui vit sur ces terres
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Indemniser ce proprietaire.
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La mairie doit autoriser cette demarcation
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Faire apparaitre cette demarcation dans le Bulletin Officiel de l Etat
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Faire evacuer le proprietaire et integrer les terres.
Mais la bureaucratie des Blancs fait encore plus tarder le processus et n importe quel recours peut encore le retarder.
C est la FUNAI (Fundaçao Nacional do Índio) qui fait l intermediaire avec le gouvernement. Lorsque nous leur demandons si cet intermediaire est plutot bon ou plutot mauvais, voici la reponse d Athilson: “La FUNAI c est le gouvernement”. Que chacun fasse son analyse.
Le fait que Lula soit president na rien change ou arrange ( un article paru dans France Guyane evoque plus violemment que concernant ''la situation des autochtones, cela na jamais ete aussi pire que sous Lula'' article a demander). La pression internationale ne joue en la faveur uniquement que de grands groupes autochtones connus comme les ''Yanomamis''. Pour les Tapeba, rien d important sauf au niveau de Fortaleza, et encore...Cela fait bien longtemps qu ils ont compris que ce sont eux seuls qui pourront s en sortir et pour cela, il faut quils maitrisent les armes des Blancs: “L analphabetisme en son temps a eu beaucoup d incidence sur l absence de demarcation des terres autochtones. En effet, les autochtones ne savaient pas lire les papiers que les Blancs leur tendaient. Maintenant, tout cela est en train de changer, grace, notamment a l ecole, ou meme des personnes de 60-65 peuvent se rendre”.
L ECOLE DES RAILS
Pour observer de pres une “Ecole differenciee”, nous avons ete conviees a l ''ecole des Rails'' (Escola do Trilho) de la ''Communaute des Rails'' (Comunidade do Trilho). Lorsque nous sommes arrivees, l enseignante Bete attendait ses eleves. Il est vrai que la veille, c etait la fete de San jose (protecteur du Ceara), le 19 mars, et l eglise ayant decrete le lundi suivant comme fete, elle n etait pas sure de retrouver ses effectifs au complet...
L ecole de la communaute applique en effet, outre les jours feries autochtones certains jours feries catholiques tels que Noel, le jour des Morts, Corpus Christi...
Parmi les jours feries autochtones on compte le 19 Avril (du 17 au 21): Les jours des Autochtones et la journee Nationale de l amerindien au Bresil le 19; le 3 Octobre: jour du guerrier Vitor Tapeba, et donc jour de tous les Tapeba; Du 18 au 20 Octobre: Marche de la Culture Tapeba ou la fete carnaúba (nom de la plante utilisee pour fabriquer les habits traditionnels).
Quelques jours avant, nombreux professeurs faisaient greve au Bresil. Nous leur avons demande si eux avaient fait greve et ils nous ont repondu que non nous expliquant que les professeurs autochtones ne font jamais greve et quils revendiquent d une autre facon leurs droits, cest a dire en envoyant des responsables vers lorganisme ou les personnes qui posent probleme, puis si ceux ci restent sourds, cest toute la communuate qui sy rendra. C est cela etre une communaute, le probleme dun individu est le probleme de tous.
Tout se fait pour la communaute et le professeur organise donc son travail selon les besoins de ses eleves, et non selon l age de ses eleves: '' Les eleves doivent sortir prets, formes afin de ne pas subir ce quon subi leurs parents''. Ces memes eleves doivent aller dans un etablissement conventionnel pour le secondaire car il nexiste pas encore d ecole differenciee a ce niveau. Difficile changement pour ces adolescents peu habitues a quitter leur communaute. Les professeurs croinet en ces eleves et esperent que ceux ci pourront a leur tour devenir professeurs dans leur communaute.
Nerea Leturia Nabaroa traduit par Audrey Hoc le 22/05/2006 a Boa Vista
Materiel didactique au “Trillo”
Il ya exactement 130 eleves a l ecole du rail. 5 professeurs les encadrent plus 2 qui viennent lapres midi uniquement. Il existe une association de professeurs Tapeba qui en reunit 48.
Le vendredi les professeurs travaillent avec 3 livres ecrits en portugais:
Culture et societes indigenes
Pratiques pedagogiques et langages
Vie et environnement
Ils ont en outre 2 livres sur leur culture (edites par le SEDUC):
Memoria viva dos Indios Tapeba: terra demarcada, vida garantida
Fazendo escola:livro de textos do Povo Tremembe
Ceux ci comprennent des textes qui parlent des fetes et de l alimentation des autochtones du haut Xingu, des jeux pareci, de la fabrication des arcs et des fleches, du peuple Potiguar, du mariage xavante.......
Audrey Hoc le 22/05/2006 a Boa Vista
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