Du 9 Février au 14 Février 2006: Tucupita et Delta de l’ Orénoque
10 Février 2006 : Tucupita : Réunion d’information sur la Loi des Conseils locaux de planification public
Nous nous sommes rendues le 10 février à 14.00 à une réunion organisée par le Gouvernement Vénézuélien à la bibliothèque publique de Tucupita. Il s’agissait d’une réunion destinée plus particulièrement aux autochtones, en l’occurrence, les Waraos, afin de les informer sur la révision de la Loi des Conseils Locaux à laquelle ils seraient soumis aux vote dans peu de temps.
« Le peuple doit participer à la vie publique » : tel est le leitmotiv du représentant de l’Assemblée Nationale présent. « Cette loi est un moyen de rendre au peuple son pouvoir légitime de décision et d’autogestion ».
La réunion arrivait également aux conclusions suivantes : « le peuple doit avoir accès à la Constitution , il faut et elle sera distribuée à chacun d’eux, qui plus est, elle doit être traduite en langue autochtone. Elle l’est en wayuu et pémon, elle le sera en warao », affirmera Dalya, la représentante warao de l’état du Delta Amacuro.
La réunion sera aussi l’occasion pour certains waraos de dénoncer l’immobilisme dans le processus de démarcation des terres autochtones. Ils dénoncent aussi le fait que, malgré l’organisation réelle des autochtones en association, fédération, rien ne se passe, et ce en répondant à l’argument du gouvernement: “organisez vous et tout s’arrangera ».
Les deux représentants de l’Etat ne baisseront à aucun moment les yeux, la situation pour eux est normale étant donné que le processus est en marche…et de fait, il est temps d’en finir avec ces lois obsolètes de la IVème République ! Réviser afin d’avancer, selon eux. Entre nous, cela fait quand même 7 ans que le processus est engagé…
Durant la rencontre, jai un tout petit peu filmé. Le représentant me demandera de couper la caméra. Deux minutes plus tard, il s’adressera à nous en nous prenant pour des nord-américaines. « Non, désolé, nous ne sommes pas nord-américaines. Hollandaises, anglaises ? Non. Nous sommes Basques. Ah françaises ? Non, Basques ».
A ce moment là, nous serons applaudies et insérées cordialement dans la discussion. Après la réunion, ce même représentant sera de très mauvaise foi quand je lui demande pourquoi il m’a demandé de couper. « Non, je ne t’ai jamais demandé de couper ! Tu as mal compris. Au contraire, vous êtes invitées à revenir demain et vous pourrez filmer autant que vous le souhaiterez. » Certes. Le climat étant à l’affaire Nuevas Tribus (voir article précédent), il aura certainement cru dans un premier temps que nous étions nord –américaines. Mais alors où est donc la liberté d’expression ? Pour les Basques ok, mais pas pour les nord-américaines ?
Documents remis lors de la réunion :
Bilan 2005 du Gouvernement Chavez :
Les missions mises en place :
- RIBAS : s’occupe des élèves dans le secondaire
- SUCRE
- ROBINSON 1 : Le Venezuela a été déclaré zone nulle d’analphabétisme. Plus de 1 482 543 inscrits au programme d’alphabétisation.
- MERCAL : s’occupe de l’alimentation. Plus de 1 270 000 personnes reçues dans les Maisons alimentaires pour déjeuner, goûter et dîner.
- HABITAT Y VIVIENDA
- CULTURA
- GUAICAIPURO : 21 titres collectifs de terre donnés, 67 000 hectares réservés pour 142 000 autochtones.
- BARRIOADENTRO : 159 000 consultations médicales.
- MILAGRO : 150 000 personnes opérées à Cuba.
- ZAMORA Y PIAR : distribution de cartes agraires.
- VUELVAN CARAS : coopératives créées.
Le gouvernement Bolivarien a distribué en 6 ans ( 1999-2005) 569 000 pensions, ce qui correspond à 80 000 bénéficiaires par an. Durant 1977-1988, les pensionnaires étaient de 18 000 par an.
La révision de la Constitution concernant le droit des autochtones :
Le 27 décembre 2005, la loi Organique sur les peuples et communautés autochtones passe à 166 articles au lieu d’une dizaine définis jusqu alors.
Néanmoins, elle conserve l’article établissant la souveraineté vénézuelienne sur le territoire et pour tous.
Audrey Hoc
AUTOROUTES FLUVIALES: LE DELTA DE L’ORENOQUE.
Ayant laissé le plus gros de nos bagages à Puerto Ordaz, nous voilà parties comme prévu pour Tucupita. De plus, l’information certaine comme quoi une réunion d’autochtones aurait lieu le vendredi 10 à Tucupita sera pour nous la seconde bonne raison de nous rendre dans cette capitale du Delta Amacuro.
L’autobus s’y rendant de San Felix (ville collée à Ciudad Guayana) devait partir sur les coups de midi et demie mais bien sûr, le vieil autocar tout fumant arriva en retard.. En retard donc, notre autocar embarquera sur la «chalana» (espéce d’émbarcation ferry assurant la traversée du fleuve) vers 16 heures. Il nous faudra une bonne heure entre le temps d’émbarquer, débarquer et naviguer sur ces eaux où se rencontrent le Caroni couleur coca clair et l’Orénoque boueux. Il fait déjà sombre quand nous atteignons Tucupita.
La petite ville se trouve sur un des bras du delta de l’Orénoque et c’est donc un important lieu de passage d’où l’on peut rejoindre, grâce à cette autoroute fluviale, les innombrables petits villages et communautés habitant plus loin dans le delta.
C’est chez Carmen Estaba ( encore une vénézuélienne au grand coeur!), vivant dans une avenue longeant le fleuve, que nous avons passé 2 nuits. Tout comme Carmen, d’autres habitants du delta de l’Orénoque nous ont accueilli avec chaleur: mouches, moustiques, et moustiques monstrueux “plaga” nous ont en effet littéralement assailli. L’humidité et la chaleur les attirent et à Tucupita, ces deux caractéristiques sont réunies.
Nous avons aperçu des Waraos dans la rue, en train de mendier. Ce n’était pas la première fois pour nous, nous les avions déjà croisé à Ciudad Bolivar. Rêvant à une vie meilleure, ils abandonnent le delta profond et leur communauté mais ce qu’ils trouvent en ville est loin de correspondre à leurs attentes et s’avère même pire que ceux qu’ils vivaient chez eux.. Leur errance en ville ne finit pas de nourrir les préjugés et propos racistes des Blancs et Métis qui se gargarisent: “ les indigènes sont fainéants, ils ne veulent pas travailler..”
Nous avons observé tout le contraire lors de la réunion organisée le vendredi. Cette réunion que nous croyiions rassemblement de femmes Waraos s’est avéré être une réunion organisée par le gouvernement adressée aux autochtones: “ Vous devez vous unir, vous autochtones, et vous battre pour vos droits!” Il semblerait pourtant que butés dans leur discours, ils n’écoutaient pas les réponses des Waraos: “Nous sommes unis, nous sommes organisés en association et nous avons des projets mais le gouvernement n’ écoute pas nos requêtes!”
Samedi, nous avons rejoint El Volcan, un lieu bien triste d’où nous devions embarquer pour Curiapo. Il fallait trouver une pyrogue susceptible de nous y amener et de fait, nous avons demandé à droite à gauche qui se rendait à Curiapo.
El Volcan est une zone type bidonville au bord de l’eau, jonchée de détritus où les maisons sont construites à l’aide de cartons et plastiques trouvés sur place. Une odeur tenace de gasoil et d’huile rance prend à la gorge. La promesse de la ville. Le progrès?
Nous embarquons finalement assez vite avec un Warao et deux autres passagers dans une pirogue peu chargée: seulement un bidon de gasoil.
L’Orénoque rejoint la mer dans un dédale d’innombrables bras larges et profonds: il s’agit d’un des plus grands et impressionnants deltas du monde.
Habitation sur pilotis warao. Delta de l’Orénoque.
Après 5 heures sur cette autoroute fluviale où nous aurons découvert les habitations en bois et paille des waraos, nous arrivons enfin à Curiapo, petit village sur pilotis. La construction sur pilotis correspond parfaitement au mode de vie warao, qui vit sur le fleuve, et grâce au fleuve..Les habitations sont reliées entre elles par de petits ponts, le fleuve est présent partout: en dessous, à côté, tout autour: le village est littéralement quadrillé. Impossible donc d’imaginer un acheminement terrestre des denrées par camions, seule possibilité: s’apprvisionner à Tucupita par bateau.
Et voilà, selon le ryhme du fleuve, les habitants du Delta s’affairent: Waraos, Metis, Guyanais...
Warao père et fille. Curiapo.
Travail, école, jeux avec les amis, jouer au football et au baseball, aller boire une bière, regarder la télévision, rire..A Curiapo, tout cela se fait entouré d’eau!
Des enfants jouent. Curiapo.
Après avoir visité l’école de Curiapo et discuté avec le professeur de langue et culture warao, nous embarquions de nouveau sur une pyrogue pour rallier la terre. 7 heures de navigation sur cette autoroute avec un dénommé Cura. Qui etait Cura? On ne savait pas trop, mais si nous voulions rallier Barrancas, nous devions embarquer avec lui. Assises comme nous le pouvions sur des bouteilles de propane vides, nous avons quitté Curiapo.
Et puis soudainement la pluie. La brume nous a envahi, et à demie aveuglées et trempées jusqu’aux os, nous avons essayé de nous protéger grâce au plastique recouvrant les bouteilles de gaz. Entreprise difficile et c’est donc trempées que nous sommes arrivées à Barrancas. Le plus simple restait à faire: rallier Puerto Ordaz par voie terrestre, bus, taxi ou pourquoi pas à pied.
Le seul désavantage: le danger que représente l’homme pour l’homme sur la route.
Nerea Leturia Nabaroa traduit par Audrey Hoc.
13 Février 2006 : Ecole de Curiapo
Quand une langue n’est plus parlée à la maison…..
Nous visitons l’école lundi matin en ayant préalablement demandé l’autorisation au coordinateur de l’école ainsi qu’à une enseignante.
L’entrée à l’école est solennelle, presque religieuse : il faut avoir les épaules couvertes et avoir chanté les hymnes nationaux et étatiques (du Delta Amacuro), en espagnol et en warao.
Le professeur de culture et langue warao nous accueille dans sa classe. Elle y donne des cours de langue warao (des exemples de mots waraos) en espagnol (les consignes). Quel paradoxe, non ?
C’est pourtant la réalité de ces débuts difficiles d’Education Interculturel Bilingue. Là aussi tout est en construction et là aussi les mêmes remarques fusent : manque de matériel, manque de formation des professeurs. Ceux-ci se sont réunis à Wayo les jours antérieurs et travaillent sur un futur guide pédagogique warao. Il sera intéressant de voir si les choses bougent d’ici 10 ans…Il faut laisser le temps au temps mais 10 ans c’est assez pour qu’une langue disparaisse. Et à l’heure actuelle les enfants ne parlent pas ou très peu warao, car leurs parents ne leur transmettent pas cette langue. Il y a une très forte dépréciation de la culture warao, une très grande honte d’être autochtone, « indigène », « indio ». Très peu sont, qui comme cette professeur, sont fiers de parler et de vivre warao. Il paraît que les Pémons de la Gran Sabana sont beaucoup plus fiers de leur identité, il sera donc intéressant de le constater sur place.
Si nous avions eu plus de temps, nous aurions pu aussi nous rendre à Wayo, où l’école, catholique, semble être très active. La prochaine fois !
Audrey Hoc


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